Témoignage – Dans l’enfer des foyers

Sans titre 1

Quelques Infos sur l’oeuvre :

Titre : Dans l’enfer des foyers

Auteur : Lyes Louffok

Éditeur : J’ai Lu (poche)

Prix : 6,70 €

Parution : 2016

Nombre de pages : 221 pages

Entrée en matière – ça parle de quoi? Ça  vient de qui?

« Dans l’enfer des foyers » est un témoignage écrit par Lyes Loufokk parlant de son expérience comme enfant de l’ASE (Aide sociale à l’enfance). Entre violences et instabilités de logement, il nous parlera de sa difficulté à trouver un véritable amour envers  quelqu’un, que ce soit sa mère biologique ou ses diverses familles d’accueil. Le titre de l’ouvrage est inspiré du livre de Samira Bellil « L’enfer des tournantes» -très bon livre si vous voulez mon avis!- où il se reconnaîtra de par sa détermination à parler des minorités et de son enfance tout aussi catastrophique. Il fera d’ailleurs parti de l’association dont Samira Bellil est un personnage clef « Ni putes ni soumises».

Ma critique

J’aime énormément les livres parlant d’inégalités et les auteurs dénonciateurs; je pense que toutes vérités, et surtout les plus dures, sont bonnes à dire. Je n’avais jamais lu de livre au sujet des enfants placés en foyer, et quand j’ai vu le livre de Lyes Louffok, j’ai franchi le pas. Surtout que j’avais déjà vu quelques interviews de lui, et il me paraissait fort sympathique (Pour ceux que ça intéresse : ici & ici). Après tout, qui mieux qu’un enfant du foyer pourrait nous parler des enfants du foyer? Une autre raison qui m’a décidée : Je ne connaissais que de façon approximative ce milieu, et c’est assez honteux de ne pas connaitre nos propres administrations françaises.

Un point réellement positif  que j’accorde volontiers à son récit, c’est de mettre en lumière les atrocités des foyers et des familles d’accueil incompétentes, dont on ne parle malheureusement pas assez. Il montre parfaitement bien la dépersonnalisation et le rabaissement que peut subir un enfant, par ses compagnons mais aussi par ses éducateurs! Les techniques de corrections créées par les foyers sont totalement aberrantes : foyer de « rupture », corrections corporelles, privations, la sur-médicalisation … me laisse tout simplement sans voix. Dans la fin du roman, il fait également un rapport entre l’enfance difficile des foyers et l’adulte détruit qui mène à la délinquance, la prison et parfois même… le terrorisme ; qui est très intéressant.

Malheureusement, j’ai été assez déçue de l’écriture du livre. Pour commencer, le changement de langage récurrent m’a embêté, on passe du soutenu au familier, parfois vulgaire…Ensuite, gros moment d’incompréhension sur le changement de narration, un paragraphe il parle à la première personne, faisant penser aux lecteurs qu’il s’agit de lui, et le paragraphe d’après il passe au tutoiement comme si ON était acteur de l’histoire, j’ai trouvé ça très mal fait. Pareil dans le déroulement de l’histoire qui parfois n’est pas chronologique, il parle de certains événements de sa petite enfance, passe sur son adolescence, pour revenir en arrière, c’est confus.

Deuxième point qui m’a vraiment chagriné, les contradictions ou du moins les incohérences. Par exemple, dans le tout début du roman il écrit « On dit que les enfants doivent être placés quand les parents sont défaillants. Mais ces parents ne sont-ils pas toujours mieux que des inconnus défaillants? » alors qu’il écrit dans tout le long du roman son détachement à sa mère et la chance qu’il a eu de tomber sur certaines personnes, donc il favoriserait ses parents biologiques aux parents d’accueil alors que lui-même a une famille dont il est détaché et préfère certaines de ces familles d’accueil? Ensuite, il parle des adultes qui se déplacent dans des pays étrangers pour adopter des enfants mais ne pensent pas à prendre en charge des enfants de l’ASE, mais il explique plus tard que l’adoption des enfants en foyer est quasiment impossible à cause de l’état et des parents biologiques, est-ce répréhensible de vouloir adopter un enfant à l’étranger plutôt que de s’attacher à un enfant de l’ASE pour finalement ne jamais pouvoir l’adopter? Bref, beaucoup de points de discordes dans son récit…

Pour conclure, je dirais que ce livre a une mauvaise forme mais un bon fond. Je m’explique, au niveau écriture et pour tout ce qui est style du roman, je pense que  c’est à revoir et qu’il manque de maîtrise; mais pour le fond, pour le message qui veut faire passer, c’est réussi. Lyes Louffok est jeune –il a mon âge si je ne dis pas de bêtise– et n’est pas écrivain de profession, malgré l’aide de sa coauteure, d’après moi le style n’est pas bon, , mais il met en évidence des vérités très pertinentes et touchantes, et juste pour ce point, il est quand même bon de lire le roman.

Je conseille ce roman pour tous les amateurs de sociologie ou les personnes impliquées dans le cas des enfants du foyer mais également aux curieux du revers de nos institutions françaises. Je déconseille pour les personnes très attachées à la plume de l’auteur, ou qui recherche une histoire très romancée.

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Résultat : Je suis mitigée!

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3 commentaires sur « Témoignage – Dans l’enfer des foyers »

  1. Je l’ai dans ma wish-list depuis un bon moment, j’ai très envie de lire le témoignage de Lyes, une histoire qui à l’air déchirante. Tout comme toi j’aime beaucoup ce genre de livre, qui dénoncent les inégalités. J’ai lu aussi le témoignage Dans l’enfer des tournantes qui m’a littéralement bouleversé, marqué, tellement dure à lire aussi. Merci pour cette chronique je n’en avais jamais lu auparavant, juste quelque avis en commentaire. D’ailleurs je te conseille de la soumettre sur livraddict tu auras ainsi plus de visibilité 🙂

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    1. Mais de rien, contente qu’elle te plaise en tout cas! j’ai préféré l’enfer des tournantes à l’enfer des foyers, bien que ce soit deux histoires complètement différente et difficilement comparable, le style de Lyes comme je le dis dans l’article n’est pas terrible je trouve, mais l’histoire est touchante. Je vais essayer bien que je ne sois pas très familière à livraddict haha

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  2. c’est vrai, quand on paye 18€ le bouquin, on veut en avoir pour son argent. mais l’histoire en elle-même surpasse largement le style et les maladresses de l’écriture. la déshumanisation des enfants, écartés de leur milieu d’origine et non pris en charge par l’administration, est criante du début à la fin. Lyes a pu se construire grâce à l’amour de sa première FA, puis grâce à sa propre capacité de résilience. un livre à mettre entre les mains des formateurs des éducateurs, l’ambiance qui règne dans ces écoles dites sociales n’est pas vraiment saine.

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